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Commentaire : Les soleils des indépendances

Ahmadou Kourouma — Analyse guidée d'un extrait majeur

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Texte étudié

Ahmadou Kourouma, Les soleils des indépendances, 1968 (incipit)

Il y avait une semaine qu'avait fini dans la capitale Koné Ibrahima, de race malinké, ou disons-le en malinké : il n'avait pas soutenu un petit rhume... Comme tout Malinké, quand la vie s'échappa de ses restes, son ombre se releva, graillonna, s'habilla et partit par le chemin le plus court pour le pays malinké natal afin d'y dire adieu aux siens... L'enterrement d'un malinké en pays malinké est une grande chose. Commencée à midi, la cérémonie ne s'était pas terminée à quatorze heures.

Introduction

Amorce : Le roman africain post-colonial naît dans les années 1960 avec la volonté de raconter l'Afrique dans une langue française renouvelée.

Présentation : Cet incipit des Soleils des indépendances (1968) inaugure une écriture qui « malinkéise » le français, créant un style unique.

Problématique : Comment Kourouma crée-t-il dès l'incipit une écriture originale mêlant français et pensée malinké pour peindre l'Afrique post-coloniale ?

Plan : I. L'africanisation de la langue — II. La vision du monde malinké — III. La dimension critique

Introduction rédigée — modèle complet

La littérature africaine francophone connaît, dans les années 1960, une révolution comparable à ce que fut le romantisme pour le XIXe siècle : l'émergence d'une écriture qui refuse les normes héritées et invente sa propre langue. C'est dans cette rupture fondatrice que s'inscrit Les soleils des indépendances (1968) d'Ahmadou Kourouma, premier roman à « africaniser » radicalement le français en y introduisant la syntaxe et la pensée malinké. L'incipit, qui relate les funérailles d'un Malinké mort « dans la capitale », plonge immédiatement le lecteur dans un univers linguistique et culturel inédit. Comment Kourouma parvient-il, dès les premières lignes, à créer une écriture originale mêlant français et pensée malinké pour peindre l'Afrique des désillusions post-coloniales ? Nous analyserons d'abord l'africanisation de la langue française (I), puis la vision du monde spécifiquement malinké qui s'y exprime (II), enfin la dimension critique que porte cet incipit novateur (III).

Remarquez la structure : 1) Amorce historique (contexte littéraire) → 2) Présentation de l'œuvre et de l'extrait → 3) Problématique sous forme de question → 4) Annonce du plan en 3 axes. Cette structure est reproductible pour TOUT commentaire composé au BAC.

Axe I — L'africanisation du français

Analyse : Kourouma ne traduit pas l'Afrique EN français — il fait parler le français À L'AFRICAINE. Révolution littéraire.

Approfondissement : Le verbe « graillonna » n'existe pas en français standard. Kourouma le forge à partir du malinké pour désigner le raclement de gorge rituel du mort qui se relève. En refusant de chercher un équivalent français, il oblige le lecteur à entrer dans la langue malinké. L'effet est double : étrangeté (le lecteur français est désorienté) et authenticité (le lecteur africain reconnaît sa réalité).

La phrase « il n'avait pas soutenu un petit rhume » est un euphémisme culturel : en malinké, on ne dit jamais directement que quelqu'un est mort. Cette périphrase est à la fois un tabou linguistique (la mort ne se nomme pas) et une marque d'humour (le « petit rhume » pour une mort). Kourouma fait entendre au lecteur francophone une autre manière de penser la mort.

Axe II — La vision du monde malinké

Approfondissement : La séquence « se releva, graillonna, s'habilla et partit » est remarquable par son rythme quaternaire et ses verbes d'action au passé simple. L'ombre du mort accomplit des gestes quotidiens (se lever, s'habiller, partir) comme s'il s'agissait d'un matin ordinaire. La mort est ainsi banalisée, normalisée, intégrée au cycle de la vie.

L'expression « par le chemin le plus court » ajoute une touche de pragmatisme et d'humour : même mort, le Malinké est pressé de rentrer chez lui. Cette vision de la mort comme retour au pays natal fait écho au titre du Cahier de Césaire — le « retour » est un thème central de la littérature africaine, qu'il soit physique ou symbolique.

Opposition culturelle : La vision occidentale conçoit la mort comme une fin, un néant. La vision malinké la conçoit comme un voyage, un retour. Kourouma, dès l'incipit, inscrit son roman dans une cosmogonie radicalement différente de celle du lecteur européen.

Axe III — La dimension critique

Approfondissement : Le titre Les soleils des indépendances est une antiphrase ironique. Le pluriel « soleils » (en malinké, on dit « les soleils » pour « les jours ») prometait la lumière, la chaleur, le renouveau. Mais le roman révèle que ces « soleils » ont brûlé plus qu'ils n'ont éclairé : le héros Fama, prince déchu, est broyé par le nouveau régime qui ne vaut pas mieux que l'ancien colonial.

Le fait que Koné Ibrahima meure « dans la capitale » (Abidjan, ville moderne, administrative) mais que ses rites funéraires restent intégralement malinkés pose la question centrale du roman : quelle place pour la tradition dans l'Afrique moderne ? L'indépendance politique n'a pas résolu cette tension — elle l'a amplifiée.

Le ton mêle constamment humour et gravité, ce qui est la signature de Kourouma. En disant les choses graves sur un ton léger (et les choses légères sur un ton grave), il crée un décalage qui force le lecteur à réfléchir. C'est une forme d'ironie qui n'est ni occidentale (Voltaire) ni purement africaine, mais un hybride — à l'image du français malinkéisé.

Transitions rédigées — modèles

Transition I → II

Si Kourouma africanise la langue française pour y inscrire la pensée malinké, c'est parce que cette langue porte une vision du monde radicalement différente. L'incipit ne se contente pas de jouer avec les mots : il transmet une cosmogonie, une manière de penser la mort et la communauté propre à la culture malinké.

Transition II → III

Cette vision du monde malinké, loin d'être un ornement exotique, entre en tension avec le cadre moderne de la « capitale » post-coloniale. C'est dans ce décalage entre tradition et modernité que se joue la dimension critique du roman.

Astuce BAC : La transition = 1) Bilan de l'axe précédent + 2) Annonce de l'axe suivant. Montrez le LIEN logique entre les deux (cause, conséquence, opposition).

Conclusion rédigée — modèle complet

Cet incipit des Soleils des indépendances est un acte fondateur de la littérature africaine francophone. En trois gestes simultanés, Kourouma y révolutionne le roman : il crée une langue neuve — le français malinkéisé — qui fait entendre l'Afrique dans sa propre musique ; il inscrit une vision du monde spécifiquement malinké — la mort comme voyage, le temps cyclique, la communauté comme horizon ; et il pose les bases d'une critique sociale — l'ironie du titre, le décalage tradition/modernité, l'humour qui masque la tragédie.

Ouverture : On peut rapprocher cette démarche de celle de Césaire dans le Cahier : les deux inventent une langue de rupture, l'un par le surréalisme, l'autre par l'oralité. On peut aussi y voir l'annonce d'une génération — Mabanckou, Fatou Diome, Sony Labou Tansi — qui refuseront de « bien écrire » en français pour écrire autrement, au plus près de leur réalité africaine.

📝 À retenir

Méthode du commentaire composé : 1) Lire 3 fois l'extrait. 2) Repérer procédés + effets. 3) Formuler la problématique. 4) Construire 2-3 axes (jamais un résumé linéaire). 5) Rédiger intro (amorce + présentation + problématique + plan) et conclusion (bilan + ouverture).

⚠️ Pièges à éviter — Commentaire composé

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